BERNSTEIN (E.)


BERNSTEIN (E.)
BERNSTEIN (E.)

Le révisionnisme est né de la situation paradoxale de la social-démocratie allemande au début du XXe siècle. Un parti puissant, dans un pays prospère, continue de professer une idéologie révolutionnaire, alors qu’il tire sa force du jeu démocratique. La permanence de ce paradoxe dans le mouvement ouvrier occidental explique la pérennité du révisionnisme. Ceux qui, au XXe siècle, ont essayé de rajeunir l’idéologie socialiste ont utilisé les mêmes arguments que Bernstein et ont suscité les mêmes réactions de la part des courants orthodoxes. Même les tentatives de rajustement doctrinal dans les grands partis communistes occidentaux retrouvent les thèmes de la pensée révisionniste.

Le secrétaire d’Engels

Eduard Bernstein est né à Berlin dans une famille juive libérale. Son père, artisan, pratique une religion assouplie. Son oncle, le rabbin Aron Bernstein, est le fondateur du journal libéral La Gazette populaire de Berlin (Berliner Volkzeitung ). Après des études secondaires sans éclat, il entre à seize ans comme apprenti chez un banquier. De 1871 à 1878, il est employé à la banque Rothschild. Il adhère en 1872 à l’Internationale ouvrière par le canal du parti «eisenachien» (Parti social-démocrate des travailleurs), qui s’oppose à l’Association générale allemande des travailleurs, fondée par Ferdinand Lassalle. Il suit le courant général qui, à l’époque, pousse les jeunes libéraux vers le socialisme, seule force, à leurs yeux, capable de réaliser l’idéal démocratique. Ses qualités de propagandiste et de journaliste en font rapidement un responsable en vue. Au congrès d’unification de Gotha (1875), il est élu au comité directeur du parti unifié.

Votées le 19 octobre 1878, les lois anti-socialistes contraignent Bernstein à l’exil. À partir de 1881, il dirige en Suisse, avec son futur adversaire K. Kautsky, le Sozial Democrat , organe du parti. Dans ce climat de répression, il adopte une attitude plus radicale et adhère au marxisme. Expulsé de Suisse en 1888, il se réfugie à Londres, où il devient l’intime, puis le secrétaire d’Engels, avant d’être désigné comme exécuteur testamentaire par le patriarche du socialisme.

Dans les dernières années du XIXe siècle, le capitalisme européen entre dans une nouvelle phase d’expansion. La social-démocratie, qui n’est plus en butte à une politique de répression, recueille les fruits de son adhésion au système démocratique (2,1 millions de voix aux élections de 1898, 27 p. 100 des suffrages exprimés, 56 députés). Non sans déchirement, Bernstein est conduit à remettre en cause la doctrine de ses maîtres. Il fait paraître en 1899 Socialisme théorique et social-démocratie pratique .

Le révisionniste

Le révisionnisme se situe dans le cadre du marxisme. Il ne se propose pas de détruire ou de remplacer, mais de critiquer, d’inventorier et de prolonger. Sur le plan théorique, Bernstein met en cause la dialectique hégélienne , schéma spéculatif séduisant, mais dont le formalisme, selon lui, ne correspond qu’assez rarement aux faits. L’analyse économique marxiste, quant à elle, maintient des formules qui ne sont pas conformes aux faits. Le mouvement de prolétarisation n’est pas évident; au contraire, la structure sociale se diversifie et la richesse sociale se diffuse de plus en plus largement. La thèse de la concentration du capital se trouve démentie par le maintien des petites et moyennes entreprises. Les facteurs de crises économiques subsistent. Mais leurs effets sont contrecarrés par d’autres facteurs; rien ne permet d’affirmer que l’amélioration constatée à la fin du XIXe siècle est provisoire. La stratégie proposée par Bernstein s’articule sur une conception nouvelle du socialisme: celui-ci ne peut se résumer à l’expropriation des capitalistes. Il faut en outre que le prolétariat soit capable de gérer les entreprises. Il doit allier la maturité économique à la maturité politique . Fortement impressionné par l’expérience des coopératives britanniques, Bernstein voit dans les associations économiques l’école de gestion du prolétariat. La démocratie, dans ces conditions, «est à la fois moyen et but. Elle est le moyen pour établir le socialisme, en même temps que la forme de sa réalisation». La social-démocratie doit répudier les formules antidémocratiques, comme la dictature du prolétariat et la prise du pouvoir par la violence. Pratiquement, elle s’est placée sur le terrain démocratique; théoriquement, elle doit revendiquer l’héritage du libéralisme, en tant que mouvement historique: «Qu’elle ose paraître ce qu’elle est.» Cette apostrophe de la Marie Stuart de Schiller, Bernstein la lance à la social-démocratie.

Le pouvoir

Bernstein fournit à tous les courants de la droite socialiste la justification théorique qui leur manque: les politiciens millerandistes avides de participer au pouvoir, les praticiens réservés à l’égard de la théorie, les «impérialistes» qui adhèrent à la politique militaire et coloniale de l’Empire allemand, les dirigeants des syndicats et des coopératives trouvent, chez Bernstein, l’écho de leurs préoccupations. La gauche du mouvement, Rosa Luxemburg, Karl Liebknecht, Klara Zetkin, lui est violemment hostile. Le centre orthodoxe (August Bebel, Karl Kautsky, principal adversaire de Bernstein sur le plan théorique) a une attitude ambiguë, reflet de sa position contradictoire; s’il pratique une politique concrète proche de celle de Bernstein, il reste attaché à l’idéologie révolutionnaire classique du mouvement ouvrier.

Aux congrès de Stuttgart (1898), de Hanovre (1899), de Lübeck (1901) et de Dresde (1903), la conjonction de la gauche et du centre assure le succès de l’orthodoxie marxiste sans que l’hérétique soit exclu.

Le glissement vers la droite de la social-démocratie jusqu’en 1914 assure la diffusion des thèses révisionnistes. Paradoxalement, Bernstein refuse la politique d’union sacrée et rejoint Kautsky et l’aile gauche de la social-démocratie dans le Parti socialiste indépendant (U.S.P.D.); son libéralisme, son attachement à la démocratie l’amènent à condamner la politique militariste de son pays. Il prend une part active à la naissance de la république de Weimar, incarnation du régime politique pour lequel il a combattu toute sa vie. Il meurt à près de quatre-vingt-trois ans, six semaines avant l’arrivée au pouvoir de Hitler.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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